Sociétés

Jeudi 24 avril 2008
 Article réalisé pour  Enfant Magazine et publié en Avril 2008 par Hélène Machline

Temoignage, Tirsa une jeune mère israélienne  raconte son expérience avec le babyshape

Tout le monde sait qu'il est difficile de retrouver son poids initial après un accouchement. Tissus, muscles, organes, tout l'organisme est profondément modifié, et souvent la femme a l'impression que son corps ne sera jamais tout à fait le même.  Le sentiment de culpabilité lorsque l'on se déplace sans son nouveau-né empêche souvent les nouvelles mères de s'inscrire à un cours de remise en forme quel qu'il soit. Une situation qui  peut amener à l'isolement, voire à la fameuse dépression post-natale. En Israël un nouveau sport fait fureur auprès des mamans qui viennent d'accoucher, le babyshape, un programme d'aérobic pour nouvelles mamans accompagnées de leurs bébés. Le concept est simple, le poids du bébé et  la poussette sont utilisés comme des appareils de sport. Les activités se déroulent en plein air et en chantant.

D'après les participantes, il s'agit d'un véritable remède au spleen qui peut survenir après l'accouchement. Une psychologue américaine, Rachelle Oseran,  est à l'origine du concept de babyshape. L'étude qu'elle a réalisée a démontré que 2 facteurs principaux permettent de lutter contre l'abattement moral qui peut survenir après une naissance: Se trouver en compagnie d'autres femmes qui viennent d'accoucher et passer du temps en plein air.

Les exercices de babyshape se déroulent dans des jardins publics et chaque séance dure une heure. C'est au Parc des Roses à Jérusalem que nous avons rencontré une dizaine de jeunes femmes pendant les exercices d'entrainement. Nous y avons connu Tirsa 28 ans, maman d'Ariel âgé de 7 mois. Elle a accepté de confier à Enfant Magazine les difficultés qu'elle a vécu après la naissance d'Ariel et la manière dont elle s'en est sortie.

"Jusqu'à la naissance d'Ariel, j'ai été professeur de musique dans un collège à Jérusalem, j'ai du arrêter toute activité professionnelle deux mois avant la naissance, car le bébé était mal accroché. On peut dire que mon mode de vie a complètement changé à ce moment là. Auparavant  j'étais toujours très occupée, physiquement comme mentalement.  Par ailleurs j'ai décidé de prendre une année sabbatique pour élever Ariel car je suis convaincue que c'est important pour le développement psychologique du bébé d'être avec sa mère pendant la première année. 

Mon travail de  professeur est épuisant, je me suis  sentie incapable d'assumer le bébé et un emploi en même temps. De plus, il y a des moments que je ne voudrai rater pour rien au monde, comme son premier sourire ou sa première  grimace.

C'est très dur de rester à la maison seule avec le bébé
 
Ariel est notre premier enfant, je n'ai pas vraiment d'expérience antérieure avec des nourrissons. Au début j'ai eu l'impression qu'il pleurait sans cesse. Ca a été très dur d'être toute la journée seule avec le bébé à la maison. Je ne pouvais aller nulle part, les pleurs d'un bébé dérangent dans la majorité des lieux publics.

Shaï, mon mari occupe deux emplois, il est joueur de clarinette, dans un groupe de musique Klezmer , il travaille souvent le soir dans des mariages et pendant la journée il est comptable. Quant a moi je n'ai pas pu me séparer du bébé ne serait ce qu'une demi journée puisque je l'allaite. En plus j'ai eu l'impression d'être devenue énorme et très faible physiquement. J'ai entendu parler de l'existence de babyshape, par hasard,  à un atelier de fabrication de bijoux auquel je suis allée  à la fin de ma grossesse.

J'ai commencé les séances de babyshape, lorsque le bébé a eu deux mois, surtout parce-que c'était la seule activité sportive à laquelle je pouvais emmener Ariel. Je ne me suis pas doutée que  les femmes que j'allais rencontrer au babyshape deviendraient un véritable soutien moral. Cela m'a fait un bien fou de pouvoir partager mes sentiments avec des personnes qui ont vécu la même chose que moi. 

Il y a quelque chose de magique qui se produit lorsque nous nous retrouvons toutes ensembles. Au début j'arrivais à chaque cours de baby shape en pleurant parce que le bébé n'avait pas voulu manger, ou bien parce qu'il avait eu faim  alors que j'étais coincée au milieu d'un embouteillage. Toutes les autres participantes ont eu une oreille attentive et m'ont donné des conseils vraiment très utiles, alors que d'habitude ce genre de propos n'intéressent personne. J'ai reçu énormément de conseils très utiles. Il y a toujours quelqu'un qui a vécu exactement la même chose que toi avant toi. Cela m'a permis de relativiser mes problèmes.

Entre 2 et 10 personnes participent  à chaque session. Certaines pendant deux ans d'affilées, jusqu'à que cela devienne ennuyeux pour le bébé, d'autres pendant quelques mois.  Courir avec une poussette, porter un bébé en faisant des exercices d'aérobic, c'est physique. Ariel pèse à présent 8 kg, après une heure de babyshape j'ai vraiment l'impression d'avoir fait du sport. Le fait de sortir de la maison, d'accomplir un acte pour moi me fait du bien.
 
Cette activité a influencé mon comportement avec le bébé

C'est aussi l'occasion pour Ariel de voir d'autres bébés. J'ai  l'impression qu'il apprécie les moments que l'on passe au parc. Je peux même vous dire quel exercice il préfère : La "grande ronde!", nous disposons tous les bébés côte à côte sur un tapis et les mamans font  une ronde en chantant, soulèvent un grand voile au dessus des bébés et le laissent tomber sur eux en s'accroupissant à côté des nourrissons.  Bien qu'Ariel dorme en général très peu, après un cours de babyshape  il s'assoupit  comme un ange .  Cette activité a notamment  influencé mon comportement avec le bébé,  je lui chante beaucoup plus de chansons. Il m'arrive aussi de faire des mouvements d'aérobic et d'assouplissement avec lui dans le salon de la maison.

Aujourd'hui j'ai retrouvé ma forme physique et mon positivisme.  Je sais que c'est normal d'éprouver des difficultés avec son enfant, surtout lorsque c'est un premier né. J'ai des projets d'avenir. Je souhaite ouvrir un atelier d'éveil musical pour mamans accompagnées d'enfants en bas âge. "

 

Par Helene Machline
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Dimanche 6 avril 2008

Derrière l'image de la "ville sainte" éternellement en conflit, Jérusalem cache une vie nocturne surprenante. Pendant la nuit la cité  change de visage pour devenir la capitale de la scène alternative israélienne. Une population composée de pratiquants, laïques, arabes et juifs, qui ont du mal à se côtoyer pendant le jour. Lorsque le soleil se couche, sous l'effet de l'alcool et des drogues les barrières disparaissent et les langues se délie nt.
"A Jérusalem la vie est rythmée par les attentats à la bombe, on n'est pas sûre d'être vivant  demain, alors les jeunes ont la rage de vivre"


Vendredi soir, le soleil se couche sur les murailles de la ville et de longs cortèges de familles religieuses habillées de leurs plus beaux vêtements pour le  Shabbat se dirigent vers le Kotel. Au même moment les basses d'une musique électronique hard-core résonnent dans toute la rue Yafo, l'artère principale du centre ville. Il y a une fête sur le toit d'un immeuble. Yaëlle nous entraine dans une cage d'escalier complètement délabrée. D'en haut  on aperçoit toute la ville, une centaine de bières ont déjà été vidées. Cette fête d'anniversaire a commencé à 16 heures avec un barbecue, il ne reste que des fonds de bouteilles de whisky et de vodka bon marché. Il est à peine 22 h00, la foule est déjà ivre et des joints continuent de circuler. La police viendra d'un moment à l'autre pour tapage nocturne, "Comme d'habitude, on se cotisera pour payer la contravention de 1000 shequels (185 euros). Une fois qu'ils seront partis on remettra la musique à fond! Qu'ils aillent se faire voir ces connards!" s'exclame Moti,  l'organisateur de la fête. Quelques heures plus tard, un petit groupe aux yeux dilatés continu à danser sur le toit. "A Jérusalem la vie est rythmée par les attentats à la bombe, on n'est pas sûre d'être vivant demain, alors les jeunes ont la rages de vivre" nous confie Léa, la mère de Moti elle aussi invitée à la fête. Cette femme de 60 ans qui semble sortir tout droit de Woodstock n'a pas du tout l'air choquée par les quantités de drogues et d'alcool consommées ici.  D'après de récentes études menées par les Autorités israéliennes de lutte contre la drogue, plus de 35% de la population Israélienne âgée  de 18 à 30 ans fume régulièrement de la marijuana ou du haschisch (juifs et arabes confondus). L'extasie arrive en deuxième position, la coke quant à elle est consommée régulièrement par plus de 20 000 israéliens. Un nouveau phénomène est apparu il y a quelques années:   les drogues vendues à l'épicerie, sous couvert d'"énergisant". Ces substances ressemblant fortement à l'extasie sont interdites à la vente libre par le Ministère de la santé israélien au bout de quelques mois et reviennent régulièrement sur le marché  sous des noms différents. Yaëlle nous alpague, DJ Paul Spark d'Amsterdam joue ce soir  à l'Haoman 17, "une soirée à ne pas rater" dit-elle.

"C'est la plus grande discothèque du Proche Orient, les clubbers viennent même de Tel-Aviv pour les soirées spéciales"

Contrairement à Tel-Aviv, "capitale nationale de la fête",  les lieux débridés de Jérusalem sont plus discrets, il faut les  connaitre pour les trouver. Cette ville peut sembler complètement morte d'apparence après 21 heures si on n'emprunte pas les bonnes rues au bon moment. A quelques minutes en taxi, la nuit est encore plus bruyante dans la rue Haoman au fin fond de la zone industrielle de Jérusalem. C'est ici que se trouvent les boîtes de nuit "branchées" de la ville. Devant la porte de l'Haoman 17, un petit groupe de gens attend. Une jeune femme entourée de cerbères vigilants filtre les entrées de ce club très à la mode.  Des DJ du monde entier s'y produisent. A l'intérieur on danse et on s'embrasse frénétiquement. La foule hurle, applaudit, la plupart sont des jeunes entre 2o et 30, ans, tout le monde est "en transe". Des serveuses magnifiques s’affairent derrière le bar et 4 danseuses se trémoussent presque  nues sur des podiums. Des couples disparaissent dans les toilettes. On sort par le jardin, c'est là qu'ont lieu les célèbres afters de l'Haoman qui commencent le  samedi matin pour se terminer en fin d'après-midi. "C'est la plus grande discothèque du Proche Orient, les clubbers viennent même de Tel-Aviv pour les soirées spéciales" annonce fièrement Yaëlle. Cette architecte de 30 ans  est une irréductible de Jérusalem. Comme beaucoup de jeunes laïques de la ville, elle aussi a essayé de faire son trou à Tel-Aviv, elle a tenu le coup deux ans. "Les Tel-Aviviens sont trop superficiels, les mecs ne pensent qu'à vous sauter.  Tel-Aviv, c'est comme les Etats-Unis, chacun vit dans son propre ghetto. Ici au moins les différents groupes socioculturels se mélangent, surtout la nuit tu ne sais jamais sur qui tu vas tomber, c'est très excitant…"ajoute-telle le regard lumineux.

« Dans ce lieu plus rien n'a d'importance, on peut être arabe, juif, religieux, laïque, gaye ou hétéro, personne ne vous observe bizarrement »

Il est 4 heures, mais les nuits sont longues à Jérusalem. Retour dans le quartier du centre ville, sur la place de  Sion, une voiture blindée et 4 soldats de Tsahal observent la foule. On aurait presque oublié qu'il y a eu plus de 8 attentats entre 2001 et 2007  dans ce quartier. Sur le chemin une ribambelle de bars clinquants contraste avec les façades en pierre blanche des ruelles piétonnes de  Jérusalem. Des tables débordent sur la chaussée où des jeunes qui semblent n'avoir pas plus de 18 ans sirotent encore des "vodkas red-bull". Parmi eux des soldats et soldates israéliennes en permission, reconnaissables grâce à leur fusil dont ils n'ont pas le droit de se séparer pendant toute la durée du service militaire obligatoire qui dure 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles.  En route pour le  Sira, cet endroit anciennement appelé Diwan, a été fondé par un couple mixte arabo-juif dans les années 90, c'est le fief de la culture alternative de Jérusalem. On y trouve tous les paumés de la nuit, même des religieux vêtus de noirs  avec papillotes et kippas, qui semblent s'être échappé pour quelques heures des quartiers religieux de la ville. Chaque jour un style de musique différent, il y en a pour tous les goûts. Dans ce lieu plus rien n'a d'importance, on peut être arabe, juif, religieux, laïque, gaye ou hétéro, personne ne vous observe bizarrement. Dans la cour dehors des oiseaux de nuit fument librement des joints sous les yeux du videur. Moussa, est un arabe israélien qui mixe lors des soirées de la Pacothèque, un label qui organise des "soirées électro" clandestines dans des hangars désaffectés ou des maisons abandonnées. "Il n'est pas rare au Sira de croiser des jeunes israéliens débattant de la légitimité de l'existence de l'état Hébreu avec un  groupe d'arabes de Jérusalem Est. Ces moments là n'arrivent qu'ici, vous ne verrez ça dans aucune des milliers de conférences pour la paix organisées par l'ONU" raconte-t-il.  La fumée nous empêche de respirer et  la musique expérimentale crachée par d'énormes baffles devient un peu oppressante.  Dehors, le soleil pointe, des juifs orthodoxes passent sans nous voir,  un livre de prière sous le bras. On suit Yaëlle et Moussa,  il est l'heure de trouver une "after"...

 

Par Helene Machline
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